À l’extrémité de la presqu’île de Giens, la plage de l’Almanarre fait partie de ces noms qui reviennent depuis des décennies dans les conversations de véliplanchistes. Ce spot varois, situé sur la commune d’Hyères, doit sa réputation à une combinaison assez rare sur le littoral méditerranéen : un vent qui souffle avec constance une bonne partie de l’année, un plan d’eau qui permet de progresser vite, et une histoire qui remonte aux premières heures du windsurf en France. Aujourd’hui, il rassemble aussi bien les pratiquants de wingfoil que les kitesurfeurs et les véliplanchistes classiques, ce qui en fait un passage presque obligé parmi les spots français à connaître.
Un spot niché entre mer et étang

La particularité géographique de l’Almanarre tient à sa position : la plage occupe une bande de sable qui relie Hyères à la presqu’île de Giens, avec la mer Méditerranée d’un côté et les étangs salés des Pesquiers de l’autre. Cette configuration en tombolo crée un couloir assez dégagé, sans relief immédiat pour casser le vent, ce qui explique en partie la régularité des conditions sur place.
Le plan d’eau lui-même est apprécié pour sa progressivité : une zone assez peu profonde près du bord, idéale pour les premiers waterstarts et les manœuvres à basse vitesse, puis un fond qui se creuse progressivement vers le large pour les riders qui cherchent du planing et de la vitesse. Cette gradation naturelle est l’une des raisons pour lesquelles l’Almanarre est autant fréquentée par des débutants encadrés que par des riders confirmés en quête de bridage et de powerhouse.
Pourquoi le vent y souffle avec autant de régularité
Le régime de vent de l’Almanarre repose sur deux mécanismes différents selon la saison. En période estivale, c’est souvent une brise thermique qui s’installe en journée : la différence de température entre la terre chauffée et la mer plus fraîche génère un flux qui monte en intensité l’après-midi, un schéma classique sur de nombreux spots méditerranéens. Le reste de l’année, c’est davantage le mistral qui prend le relais, ce vent de secteur nord à nord-ouest bien connu sur toute la façade provençale, capable d’apporter des conditions plus musclées et plus soutenues dans la durée.
Selon l’orientation du jour, le vent peut se montrer légèrement adonnant ou refusant sur certains bords, ce qui oblige à ajuster son allure et son réglage de voile en cours de session. C’est aussi ce qui rend le spot intéressant techniquement : on n’y navigue jamais tout à fait de la même manière d’un jour à l’autre, et la lecture du plan d’eau fait partie intégrante de l’expérience.
Wingfoil, windsurf, kitesurf : qui pratique où sur la plage
Les Estagnets, le repère du foil et du wing
Le secteur des Estagnets, à l’extrémité de la plage de l’Almanarre, est généralement cité comme la zone de référence pour le wingfoil et le foil au sens large. On y trouve un plan d’eau dégagé, moins encombré par les zones de baignade, qui convient bien aux évolutions en foil et aux sessions de vent plus léger, le foil permettant de décoller et de planer avec une surface de voile ou d’aile réduite par rapport au windsurf classique. C’est aussi un secteur régulièrement surveillé via une webcam qui couvre cette portion de plage, un outil pratique pour évaluer l’état de la mer et la force du vent avant de charger le matériel.
Le secteur central, terrain historique de la planche à voile
La partie centrale de l’Almanarre reste le terrain historique du windsurf sur ce spot. C’est là que se sont formées plusieurs générations de véliplanchistes, entre travail du empannage, virement, et prise en main du gréement (mât, wishbone et voile) dans des conditions qui permettent de tester différentes tailles de voile selon la force du vent du jour. Les écoles installées sur cette portion de plage accueillent aussi bien des initiations que des sessions plus poussées pour progresser sur les manœuvres avec straps.
L’Almanarre comparé aux autres grands spots
Dans le Var, l’Almanarre n’est pas isolée : d’autres spots comme Six-Fours-les-Plages ou le secteur de La Capte, tout proche sur la même presqu’île, offrent des conditions de vent thermique assez comparables, avec chacun ses spécificités de fond et d’orientation. Le choix entre ces spots dépend souvent du niveau du rider, de la direction du vent prévue et de la recherche d’un plan d’eau plus ou moins abrité.
À l’échelle de la France, il n’existe pas vraiment de spot unique qui ferait consensus comme LE meilleur, tant les conditions recherchées varient selon la discipline et le niveau. Sur la façade atlantique, La Torche, en Bretagne, avec son spot de vagues réputé, attire plutôt les riders en quête de houle et de navigation musclée, à l’opposé du plan d’eau plus plat de l’Almanarre. Plus à l’est en Méditerranée, Fos-sur-Mer profite elle aussi du mistral, tandis que Leucate, sur la côte languedocienne, est connue pour sa tramontane. Sur la côte atlantique toujours, l’île de Ré propose une ambiance différente, avec des spots orientés qui séduisent les amateurs de vent plus océanique et de marées marquées. Chacun de ces lieux a sa propre identité, et la notion de « meilleur spot » dépend surtout de ce que l’on cherche : du plat pour progresser, de la vague pour le freestyle et le surf, ou un vent thermique fiable pour enchaîner les sessions.
À l’international, certains spots comme Fuerteventura, avec le secteur de Sotavento, sont régulièrement cités pour la fiabilité de leur vent thermique sur une bonne partie de l’année. Cela n’en fait pas pour autant un spot supérieur à l’Almanarre : ce sont simplement des conditions différentes, adaptées à des attentes différentes.
Apprendre ou progresser à l’Almanarre

La présence de plusieurs structures d’enseignement fait aussi la force du spot. Des écoles comme Addicted Sports proposent des créneaux d’initiation et de perfectionnement en windsurf, wingfoil ou kitesurf directement sur la plage, avec du matériel adapté aux différents niveaux. L’association Hyères Windsurf Organisation, de son côté, contribue depuis longtemps à l’animation du spot et à la structuration de la pratique locale, ce qui participe à la réputation sérieuse de l’Almanarre au-delà de son seul intérêt météorologique.
Pour qui débute tout juste et souhaite s’y retrouver dans le choix du matériel, la taille de voile ou les premières notions de sécurité avant de venir sur place, il peut être utile de consulter au préalable notre guide complet pour se lancer dans le windsurf, qui pose les bases avant d’aborder un spot aussi fréquenté que celui-ci.
Infos pratiques pour préparer sa session
L’Almanarre se rejoint facilement depuis le centre d’Hyères en suivant la route qui mène vers la presqu’île de Giens, avec plusieurs possibilités de stationnement à proximité de la plage selon la saison. Comme sur beaucoup de spots très fréquentés en été, mieux vaut anticiper l’affluence des beaux jours, aussi bien sur le parking que sur l’eau.
Avant de partir, la consultation d’une webcam couvrant le secteur des Estagnets reste un réflexe utile pour se faire une idée réelle de la force du vent et de l’état de la mer, en complément des prévisions classiques. En matière de saisonnalité, le printemps et l’été sont plutôt propices au vent thermique et à une pratique régulière en fin de journée, tandis que l’automne et l’hiver, sous mistral, peuvent apporter des conditions plus soutenues, davantage recherchées par les riders confirmés.
Entre son histoire, la variété de ses conditions et la richesse de son écosystème d’écoles et de riders, l’Almanarre continue de mériter sa place parmi les spots que l’on cite spontanément quand on parle de glisse en France. Ce n’est pas un hasard si, génération après génération, les véliplanchistes puis les riders de wingfoil continuent de s’y retrouver, chacun pour ses propres raisons, mais tous pour ce même vent qui a fait la réputation de la presqu’île de Giens.
